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Rentrée littéraire - Le Renaudot sélectionne un auteur publié directement sur Amazon


Rédigé le Lundi 24 Septembre 2018 à 12:13
Andrée Navarro


Le Syndicat de la librairie française et les librairies indépendantes sont furieux contre le jury du Prix Renaudot qui, parmi les 17 romans sélectionnés a retenu un livre auto-édité à compte d'auteur et diffusé en exclusivité sur la plate-forme du géant américain Amazon.


Le livre autopublié "Bande de Français", de Marco Koskas, figure donc parmi les 17 titres retenus par le Prix Renaudot, l'un des cinq grands prix décernés à chaque rentrée littéraire. En 2010 déjà "L’Homme qui arrêta d’écrire", de Marc-Edouard Nabe, avait été sélectionné par le même jury à la différence près c’est que cette année Marco Koskas a utilisé la plate-forme d’autoédition Createspace d’Amazon qui vend et distribue toutes sortes d'objets en ligne. Les livres ne représentent qu'un segment marginal dans le chiffre d’affaires d'Amazon valorisée en Bours, depuis le 4 septembre, à hauteur de 1 000 milliards de dollars.

La colère des libraires qui fustigent la concurrence déloyale que leur livre Amazon ne date pas d'hier. Dans un communiqué le Syndicat de la Librairie française expliquent les raisons de cette colère :
"Le Prix Renaudot a dévoilé la semaine dernière une première sélection de 17 romans dont Bande de Français de Marco Koskas, ouvrage auto-édité sur la plate-forme d'Amazon. Par ce choix, le Prix Renaudot sait-il qu'il rend un bien mauvais service à l'auteur lui-même, aux libraires et donne un signal inquiétant pour l'avenir de la création et de la diffusion du livre ?

En premier lieu, ce titre, diffusé en exclusivité par Amazon, n'est, de ce fait, présent dans aucune des 3 500 librairies françaises. Comment priver un auteur du premier réseau de vente de livres en France quand l'objet d'un prix littéraire est de promouvoir auprès du public les titres sélectionnés ?

La commande de ce livre est techniquement et commercialement quasi impossible pour les libraires. Moralement, surtout, ceux-ci refusent de « se jeter dans la gueule du loup » car Amazon n'est pas un concurrent comme les autres. Il ne veut pas seulement s'imposer comme un acteur important du marché du livre, il veut devenir le marché à lui tout seul en éliminant ses concurrents, en organisant une concurrence déloyale, en échappant à l'impôt, en contournant le prix unique du livre et en remplaçant tout à la fois les éditeurs, les distributeurs et les libraires.

Ce modèle entraîne un risque réel pour la création et la diffusion du livre elles-mêmes. Certes, l'organisation actuelle de l'économie de notre secteur est perfectible, particulièrement pour les auteurs, les éditeurs indépendants ou les libraires. Mais combien est plus trompeur et plus sinistre le monde rêvé d'Amazon. Plus de hiérarchie entre les oeuvres, réduites à un simple identifiant sur une plate-forme, plus de ligne éditoriale mais des millions de titres accumulés sans repères, plus de présence du livre dans ces lieux vivants de « commerce » au cœur des villes et des quartiers, plus de passeurs engagés pour porter les œuvres et les auteurs auprès des lecteurs, un algorithme sophistiqué et des entrepôts au lieu de la parole échangée.

Chers jurés, vous êtes écrivains. Comme nous, vous aimez les livres. Comme nous, vous défendez la création, par exemple en sélectionnant des premiers romans ou des titres de petites maisons. La renommée du Prix que vous portez vous confère une responsabilité particulière. Défendez le livre et non ceux qui le menacent."